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Lambinet

Origine du musée et histoire de la famille?

 

Tous les familiers de Versailles savent, même s’ils ne lui ont jamais fait de visite, qu’il y existe un joli musée, le musée Lambinet. Mais sait-on qui était Lambinet ou plutôt les Lambinet.

Cette dynastie versaillaise commence sous Louis XVI, avec un modeste artisan qui devient un honorable rentier, Jean-Baptiste Lambinet (1753-1842) et se termine au XXe siècle avec un enfant mort à 12 ans, Pierre Lambinet (1899-1911), ayant donné, entre temps, un maire de Versailles , un avocat érudit et un peintre de paysages.

 

Jean-Baptiste Lambinet 1753-1842.

Né dans la Moselle, il émigre à Paris puis s’installe à Versailles en 1781, comme tailleur d’habit dans le quartier Saint-Louis puis Notre-Dame. Le 22 août 1782, il épouse en l’église Notre-Dame, une marchande fruitière, Madeleine Marandon, qui lui donne deux fils : Jean-François et Charles-Louis, auteurs de deux branches Lambinet. Excellent tailleur, très économe, il fait bien ses affaires et s’enrichit lentement mais sûrement. La tradition raconte qu’il était « tellement économe qu’en s’asseyant en tailleur, c'est-à-dire directement sur le plancher pour travailler, il avait soin de rabattre son pantalon », préférant user sa peau que son drap ! Médisance ? Quoiqu’il en soit, son sens de l’économie et la position du yoga firent de ce tailleur un confortable rentier qui vécut près de 90 ans.

 

Jean-François Lambinet 1783-1864 Maire de Versailles.

Branche aînée des Lambinet

Né le 3 juillet 1783, baptisé le 4 à Notre-Dame, il devient à 11 ans tailleur comme son père. Plus tard, sa boutique de tailleur ne lui suffisant pas, il y ajoute une activité de marchand de draps. C’est un commerçant riche et réputé car il est élu dès 1839, juge consulaire puis président du Tribunal de commerce en 1850. Sa réputation lui vaut d’entrer au Conseil municipal en 1846 et même d’être proclamé maire le 26 mars 1848 ! Mais, Jean-François Lambinet, considérant, selon son expression, que « les grandes difficultés sont aplanies, et les jours de danger sont passés », cède sa place le 26 août, après cinq mois d’exercice, à Jean-Baptiste Ramin. Conseiller municipal depuis 1846, il le reste jusqu’à sa mort en 1864, chez son fils, 35 rue Neuve, aujourd’hui 5, rue Baillet-Reviron, hôtel qui deviendra le musée Lambinet. Outre ses fonctions municipales, qui en font un temps le premier magistrat de la ville, Jean-François Lambinet avait encore augmenté la fortune familiale. Dès 1822, encore tailleur d’habits il achète une maison, ancienne partie de l’hôtel de Gamaches, à l’angle de l’actuelle rue Georges-Clemenceau et de l’avenue de Saint-Cloud (actuel 19 rue Clemenceau). Deux ans plus tard, il acquiert les 2 maisons voisines des actuels 26 et 28 avenue de Saint-Cloud. Ces investissements immobiliers lui avait valu un débours de près de 50.000 FR or. Contrairement à son père il semble avoir moins été agrippé à ses biens matériels car il fait donation à son fils Victor de ces trois propriétés dès 1840.

Cet artisan, devenu commerçant, avait le goût de la culture. Bien avant que d’être conseiller municipal et maire de Versailles, Jean François était un habitué du théâtre de la ville, s’installant généralement avec sa famille dans « la grande baignoire à droite du spectateur ». Peut-être avait-il le verbe un peu haut car, en 1834, il a maille à partir avec le commissaire Lherminé chargé de la police de la salle.

C’est l’occasion de dire que sous d’humbles titres de coupeur d’habit ou de commerçant, pouvaient se cacher de beaux écus, un bon niveau de culture et des talents politiques. La classe moyenne n’est pas une invention récente. En 1805, Il avait épousé la fille d’un maréchal-ferrant du quartier de Montreuil, Marie-Anne Planchon (1785-1864), dont il eut un seul enfant qui suit.

 

Victor Lambinet 1813-1894, avocat et juge

Fils des précédents, né le 18 août 1813, au n° 48 (actuel n°5) de l’avenue de Saint-Cloud. Contrairement à son père et à son aïeul qui n’avaient pas fait d’études, mais qui n’étaient pas pour autant illettrés comme on l’a vu, Victor, récolte de nombreux accessits au collège royal (actuel lycée Hoche), avant de faire son droit et de devenir avocat en 1838. Il exerce cette profession  jusqu’en 1852. Le 31 mai de cette année il est nommé aux fonctions de juge suppléant près le tribunal de Versailles puis promu juge  le 31 décembre 1865, et enfin juge d’instruction le 31 décembre 1869, fonction qu’il exerce jusqu’à 69 ans en 1882. Ce magistrat avait le goût des lettres. Elu associé libre de la Société des sciences morales de Versailles (actuelle Académie de Versailles) en mai 1841, membre titulaire en 1842, président en 1848-1849. Il est l’auteur de publications au sein de cette société savante mais aussi de quelques articles dans divers journaux et revues (L’Union républicaine de Seine-et-Oise, Bulletin des Bibliophiles. C’est lui qui achète, le 16 septembre 1852, à l’abbé Claude Bernard, vicaire de Notre-Dame, le bel hôtel particulier qui deviendra l’actuel musée Lambinet. Il ne s’y installe qu’en 1859 et y meurt le 20 juillet 1894. En 1845, Victor avait épousé Anaïs-Caroline Guilloteaux (1825-1883), fille d’un conseiller municipal de Versailles et nièce de l’avocat Charles Vatel, érudit versaillais. D’où un seul enfant, Victor Félicien, qui suit.
Félicien Lambinet (1846-1908), rentier.

Né au 26 de l’avenue de Saint-Cloud, le 21 juin 1846, Félicien semble avoir vécu de ses rentes. On sait qu’il était photographe amateur ayant installé dès 1868, un atelier de photographie dans l’hôtel familial. Il épouse, le 27 septembre 1898, Nathalie Clarisse Sainclair (1857-1926), veuve de Louis Victor Chevassus. Il meurt le 15 décembre 1908, laissant un seul enfant Pierre.

 

Pierre Lambinet (1899-1911) dernier Lambinet de la branche

Né le 16 août 1899, il meurt à 12 ans le 22 novembre 1911. Sa mère lègue l’hôtel familial à ses neveux Emile Dagincourt et Pierre Dennériaz. Ces derniers en font don à la ville de Versailles en 1929. Celle-ci y crée un musée appelé musée Houdon en 1932 puis, en 1935, musée Lambinet. Les Lambinet étaient aussi représentés par une branche cadette éteinte en 1877, issue de Charles-Louis (1788-1863), dont le fils, Emile Lambinet (1815-1877), peintre assez réputé, ancien élève d’Horace Vernet et de Corot, a laissé une œuvre, dont une partie se trouve dans le musée de son nom. Ainsi le modeste tailleur d’habits venu s’installer à Versailles en 1781 a laissé un nom porté par un maire de la ville, un magistrat érudit, un bon peintre de paysages et un joli musée qui l’immortalise.

 

Robert Desvauguières

 © Les Yvelinois

Sources : Archives Municipales de Versailles : Recensements de 1790, 1792. – Registres des délibérations du Conseil municipal, XVIII, 2 octobre 1847 – 6 octobre 1848. – Bibliothèque Municipale de Versailles, Mss M 91 – Articles de Victor Lambinet in Union républicaine de Seine-et-Oise années 1849-1850.

Bibliographie : Charles HIRSCHAUER et Ernest LERY, L’Hôtel Lambinet et l’hôtel de la Banque de France, Revue de l’Histoire de Versailles et de Seine-et-Oise, XXXIV, 1932, pp. 42-46. – Jean LAGNY, Versailles ses rues, le quartier Notre-Dame, Versailles, édition d’art lys, 1992. - Jean LAGNY, Sur une famille versaillaise : les Lambinet, Revue de l’Histoire de Versailles et de Seine-et-Oise, tome 61, 1973-1975, pp. 73-92.- Jean LAGNY, Victor Lambinet et Balzac, in L’Année balzacienne, 1974, p. 294. - Jean des VIGNES-ROUGES, Victor-Félicien Lambinet, Bulletin municipal de Versailles du 15 mars 1951.

 

Mise à jour le Mercredi, 23 Juin 2010 16:44
 

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