Accueil Rubriques Histoire Proust à l'hôtel des Réservoirs
Proust à l'hôtel des Réservoirs

Au 7, rue des Réservoirs, à Versailles.

 

Portrait de Marcel Proust en 1900 par Jacques-Emile Blanche (1861-1942)

L’ancien hôtel de la marquise de Pompadour, devenu un hôtel restaurant célèbre du Second-Empire aux années 1920, l’Hôtel des Réservoirs a été dirigé par la famille Grosseuvre.

C’est là que Marcel Proust, né le 10 juillet 1871 à Auteuil (Paris 16ème), mort le 18 novembre 1922, enterré au cimetière du Père La Chaize, vient loger en 1906, parce que sa mère est morte cette même année.

Il fuit l’appartement familial de l’avenue de Courcelles et recherche un havre nouveau, un autre toit.

Ce devait être l’affaire d’une semaine ou deux. En fait cela dure près de cinq mois (août-décembre 1906). Mais pourquoi là ? Comme le gotha, Marcel connait les lieux, il y est déjà venu, par exemple en 1902, pour y voir son ami Bertrand de Fénelon. Mais surtout il renoue une amitié profonde mais fugitive, avec un camarade d’enfance, René Peter, parisien, habitant Versailles l’été. Le père de Marcel était un éminent professeur à la Faculté de médecine de Paris, comme celui de René, particulièrement connu, pour n’avoir pas reconnu le génie de Pasteur. Comme, d’ailleurs, en cet automne 1906, nul ne reconnait encore le génie de Marcel, «  car son génie d’écrivain n’était encore apparu à personne . » Paradoxalement, René Peter est alors beaucoup plus connu que Marcel, étant l’auteur à succès de Chiffon, qui triomphe depuis deux ans à l’Athénée.

La santé physique et mentale de Marcel est au plus bas et ce temps d’arrêt est salutaire pour retrouver un équilibre compromis « Vous m’avez si souvent remis d’aplomb  », écrit Proust à Peter. « L’amour d’être aimé », si indispensable à la vie, à la survie de Proust, joue son rôle de thérapie dont René Peter est durant cinq mois le principal vecteur.

Que fait Proust à Versailles? « Je suis à Versailles depuis quatre mois, mais est-ce bien Versailles? Je n’ai pas quitté mon lit, je n’ai pas pu une seule fois aller au château, ni à Trianon, ni nulle part », écrit-il à Jeanne Pouquet. C’est un peu exagéré mais à peu près exact. Il s’aventure quelques heures dans le parc du château qu’il admire «  comme la nature retouchée par la main d’un roi  ». Il vit en grande partie claustré : «  J’ouvre les yeux à la nuit close et je me demande souvent si le nid hermétiquement clos et éclairé à l’électricité où je vis est plutôt situé ailleurs qu’à Versailles, dont je n’ai pas vu une seule feuille morte tourbillonner au-dessus d’aucune de ses pièces d’eau. » Il sort cependant, parfois, accompagné de ses amis, notamment au Café Anglais, face à la gare rive droite, où le petit groupe pratique le jeu de lettres, auquel Marcel est supérieur mais perdant toujours par politesse.

Ainsi le fameux hôtel des Réservoirs, face à l’hôtel de Condé, où mourut La Bruyère, près du château habité par le génial petit duc de Saint-Simon, tous deux admirables inspirateurs de Marcel, le logea, le ressourça et, grâce un petit peu à lui mais surtout à Léon Daudet, « A Léon Daudet, à l’auteur du voyage de Shakespeare, du partage de l’enfant, de l’astre noir, de fantômes et vivants, du monde des images de tant de chefs-d’œuvre, à l’incomparable ami… » écrit Marcel, il prit sa place méritée parmi les grands génies littéraires du XXe siècle.

Si vous voulez en savoir plus sur ce fameux Hôtel des Réservoirs allez sur les articles consacrés à ce modeste et haut lieu versaillais et à la famille Grosseuvre.

 

Robert Desvauguières

© Les Yvelinois

Sources : Léon DAUDET, Autour de soixante lettres de Marcel Proust, Les cahiers Marcel Proust, n°5, Paris, Gallimard, 1952. - André de FOUQUIERES, Cinquante ans de panache, Paris, Pierre Horay, 505 pages. - Jeanne Maurice POUQUET, Le salon de Madame Arman de Caillavet, Paris, Hachette, 1926, 271 p. Marcel PROUST, Le côté de Guermantes, dédié à Léon Daudet, 2 volumes, Paris, Gallimard, 1954.

Bibliographie : Odile CAFFIN-CARCY, De l’hôtel de Pompadour à l’hôtel des Réservoirs, Revue de l’Histoire de Versailles, 1999, pp. 35-56. - LAGNY, Versailles, ses rues, le quartier Notre-Dame, Versailles, éditions d’art lys, 1992, 192 pages. – Edmond LERY, L’hôtel de la marquise de Pompadour, rue des Réservoirs à Versailles, Revue de l’Histoire de Versailles et de Seine-et-Oise, 1939, pp. 46-53. - René PETER, Une saison avec Marcel Proust, souvenirs, Paris, NRF, Gallimard, 2005, 174 pages. –

 

Mise à jour le Mercredi, 23 Juin 2010 16:41
 

Publicités