Versailles
| Création de la ville de Versailles |
Une ville conçue pour l'exercice du pouvoirTout le monde sait que le château de Versailles provient de l’imagination créatrice de Louis XIV, mais on oublie la ville, due à la même volonté royale. Comment et pourquoi la ville de Versailles s’érigea-t-elle si vite ? Pourquoi en quelques décennies, des hommes achètent des terrains et bâtissent d’innombrables maisons qui font d’un village une ville ? Bien sûr la création du château et le déplacement de la cour à Versailles en est la cause principale mais la ville ne se serait pas développée rapidement, harmonieusement, sans l’attention particulière qu’y prit le roi. En 1643, à la mort de son père, Louis XIV se trouve à la tête d’un vaste territoire comportant non seulement le château et domaine mais aussi le village de Versailles élargi de plusieurs petits fiefs des environs. Tout cela est la propriété personnelle du roi. Une série de concessions gracieuses permet alors à Louis XIV d’entourer son château d’une ville. En 1663, une première ordonnance royale exempte de la taille et de toutes autres contributions les habitants de Versailles à condition de « faire par corvées les foins du parc, de remplir les glacières, nettoyer les cours du château, et de se trouver aux chasses du parc quand ils seraient mandés ». Mais bientôt les Versaillais voient se presser une multitude de courtisans, artistes, industriels, attirés par la présence du roi et la construction du château. Ils demandent au roi de transformer ces corvées en une somme de 600 livres à répartir entre eux, ce que celui-ci accepte. Cette somme modique est confirmée par un arrêt du Conseil d’Etat du 8 novembre 1666. Cependant de 1666 à 1670, Versailles reste un gros village mis à part quelques hôtels édifiés autour du château. En 1671, le gros-œuvre du château est presque terminé et ses abords à peu près déblayés. A cette époque, Louis XIV décide de faire émerger une ville. Pour ce faire, il va imposer une série de privilèges exceptionnels. Il écrit à Colbert qu’il souhaite faire don en pleine propriété des terrains nécessaires à tous ceux qui bâtiraient en les exemptant pour dix ans de la charge onéreuse du logement des gens à la suite de la Cour 1. Le 24 novembre 1672 une Déclaration royale ajoute que le propriétaire est à l’abri des poursuites des créancier, mis à part les créanciers privilégiés, et que son bien ne peut être ni saisi, ni vendu, ni hypothéqué. Privilège précieux que cette insaisissabilité des immeubles versaillais ! En 1685, le marquis de Sourdis qui possède un hôtel rue des Réservoirs le vend au duc de Bourbon pour 33.000 livres. Il est couvert de dettes et pense pouvoir, du fait de l’insaisissabilité de son immeuble, faire la nique à ses créanciers qui ne sont pas privilégiés. Ceux-ci affirment cependant que si l’immeuble est insaisissable, les 33000 livres, après paiement aux créanciers privilégiés, leur revient. Le marquis de Sourdis refuse net, arguant qu’il encaisserait le solde, en vertu de la Déclaration royale de 1672. Il se pourvoie devant le Roi en son conseil qui lui donne raison. Ainsi l’insaisissabilité de l’immeuble est étendue au prix de vente réalisé par un propriétaire versaillais ! Périodiquement le Parlement tente de remettre en cause ce privilège énorme : en 1692, 1696…chaque fois débouté par le roi. Ce n’est qu’en 1713 que Louis XIV décide de rétablir la loi commune sur Versailles la raison en est que les propriétaires versaillais avaient tellement abusé de l’insaisissabilité de leurs immeubles et de leurs revenus qu’aucun crédit ne leur était alloué… Quoiqu’il en soit durant un demi-siècle, Versailles connut un régime privilégié, exemption des principaux impôts, gratuité des terrains à condition de construire, insaisissabilité des immeubles et de leur prix de vente. C’est grâce à cette politique royale, que de gros village, Versailles devient rapidement une ville de plus de 20.000 âmes. 20.000 âmes qui font sourire aujourd’hui était énorme à cette époque, l’Europe ne comptait alors qu’une douzaine de ville de plus de 100.000 habitants, la France deux seulement (Paris 500.000 et Lyon 130.000), Marseille, Bordeaux et Rouen oscillent entre 90 et 70.000 âmes. Genève, la grande capitale financière huguenote, farouchement anti-Bourbon, n’en possède que 18.000 ! Le souhait de Louis XIV était réalisé. Robert Desvauguières
© Les Yvelinois
Sources : AN O1 1866, Registre de la surintendance des bâtiments. Brevets concernant les cessions de terrain à Versailles ; 3948-3950 acte d’achat de Versailles par Martial de Loménie à Philippe Colas, de la seigneurie de Versailles 5 juillet 1561. – AN 015 Registre du secrétariat. – Bibliothèque Municipale de Versailles, Collection Narbonne, vol. XX, XXI. –
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| Mise à jour le Samedi, 14 Novembre 2009 00:58 |



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